Quelques grandes tendances pour les SIG & ArcGIS en 2026
Chaque année, les SIG et les technologies géospatiales de manière générale évoluent à la croisée de plusieurs dynamiques comme les innovations technologiques transverses de l'IT (IA, Cloud, Data Engineering, ...), des nouveaux usages métiers et la maturation des plateformes géospatiales. Ces dynamiques convergent vers une transformation profonde : le SIG devient un système cognitif, prédictif et donc toujours plus opérationnel, et ceci bien au-delà de la cartographie et de l’analyse spatiale classique.
Dans cet article un peu plus prospectif, comme chaque début d'année, je vous propose un parcours structuré des grandes tendances qui vont marquer ArcGIS et, plus largement, les écosystèmes géospatiaux en 2026, en essayant de les relier à des usages concrets et aux orientations déjà visibles de la plateforme ArcGIS.
1. L’IA devient un composant natif du SIG
De l’IA “assistée” à l’IA “agentique”
Depuis plusieurs années, l’intégration de l'intelligence artificielle dans les SIG consiste principalement à fournir des outils d'analyse (Machine Learning) et d'extraction de données (Deep Learning) et se limitait essentiellement à :
- la classification d’images,
- la détection d’objets,
- ou des modèles prédictifs spécialisés.
En 2026, l’IA va devenir un acteur à part entière du système SIG, capable d’agir, de raisonner et d’enchaîner des tâches. On va parler de plus en plus d’IA agentique capable :
- d’interpréter une intention utilisateur,
- sélectionner des données pertinentes dans votre catalogue,
- construire des chaînes de traitement,
- mettre à jour vos métadonnées,
- répondre à des questions d'autres agents IA en intégrant le dimension géospatiale,
- restituer un résultat exploitable à partir de vos données.
Dans l’écosystème ArcGIS, cette évolution se traduit par :
- de nouveaux assistants conversationnels capables de comprendre le langage naturel appliqué aux données spatiales,
- la génération automatique de scripts (Arcade, Python, SQL spatial),
- l’orchestration intelligente d’outils de géotraitement,
- la documentation automatique des workflows analytiques.
D'ici fin 2026, les développeurs pourront créer eux-mêmes des assistants SIG spécialisés par métier (urbanisme, environnement, réseaux, sécurité) à partir des SDKs fournis par Esri. Le rôle de l'expert SIG va monter en puissance en tant qu'architecte de modèles et de règles en configurant ces agents IA. Il ne sera plus le simple exécutant de prompts interactifs via les assistants.
2. Le SIG renforce son rôle de moteur de prédiction et de simulation dans les jumeaux numériques
Du descriptif au prescriptif
Historiquement, les SIG répondent principalement à la question : “Que se passe-t-il ici, ou que s'est-il passé ici ?”. En 2026, le questionnement devient : “Que va-t-il se passer si… ?”
Cette évolution repose sur :
- l’intégration massive de séries temporelles,
- des modèles prédictifs hybrides (statistiques + deep learning),
- et des capacités de simulation spatiale à grande échelle (inondation, dispersion atmosphérique, ...) .
Du coté d'ArcGIS, 2026 va voir arriver de nouveau outil de simulation de propagation atmosphérique, de nouvelles options d'animation cartographique, des capacités plus dynamiques autour de l'ombrage et du potentiel solaire, ou encore des innovations en terme représentation dynamique de données
3. Au-delà du rendu, la 3D devient un langage
Généralisation de la 3D pour l'analyse et l'immerssion
Même si les technologies de rendu 3D ont beaucoup évolué dans les SIG depuis quelques années (et ce sera encore le cas en 2026), la 3D n’est plus cantonnée à la gestion et à la visualisation de données dans le SIG. Elle devient un support d’analyse incontournable (visibilité, croisement et proximité 3D, volume dynamiques, ....), un outil de simulation puissant et un vecteur de communication décisionnelle.
Avec la montée en puissance de l'utilisation des couches d'objets 3D, des photomaillages 3D, des nuages de points enrichis, des données CAD/BIM 3D et du rendu en 3D de données temps réel, le SIG 3D s’impose comme un socles standard, notamment dans :
- l’aménagement,
- les infrastructures,
- la gestion des risques,
- la formation et la communication.
Des applications AR et XR plus opérationnelles vont également émerger. À horizon 2026, la réalité augmentée et la XR sort progressivement du stade expérimental :
- visualisation de réseaux enterrés sur le terrain,
- inspection d’ouvrages en contexte réel en indoor et outdoor,
- simulation de scénarios d'aménagement directement in situ.
Du côté d'ArcGIS, à travers la nouvelle application XR Viewer vous allez retrouver cette approche de la 3D pour la virtualisation et l'immersion dans le jumeau numérique de son territoire.
Vers une généralisation des jumeaux numériques de territoire
Avec l'intégration plus simple des données temps réel, les outils de prédiction et de simulation, l'accessibilité des outils de collecte et de traitement Lidar et imagerie pour créer des socles de données 3D et les nouvelles capacités de rendu 3D (Gaussian Splats), les jumeaux numériques ne sont plus réservés aux grandes métropoles ou aux projets pilotes. Ils deviennent progressivement :
- multi-échelles (bâtiment, quartier, territoire),
- multi-sources (SIG, BIM, IoT, données socio-économiques),
- et surtout dynamiques et temps-réel.
Du coté d'ArcGIS, des applications comme ArcGIS Urban, ArcGIS GeoBIM mais aussi l'exploitation de couches de scènes dans ArcGIS Experience Builder constituent déjà les briques de cette approche. En 2026, le jumeau numérique du territoire s’impose de plus en plus comme un outil d’aide à la décision, un support de concertation et un environnement de test avant des actions réelles.
4. Cloud-native, DataOps et SIG “composable”
Le SIG, outil de Data Engineering par excellence
Les SIG modernes s’intègrent désormais pleinement dans les architectures data :
- Data Lakes,
- Data Warehouses cloud,
- Pipelines automatisés,
- Traitements distribués.
ArcGIS s’inscrit clairement dans cette dynamique avec :
- des services de données et d'analyse cloud-native,
- des API orientées intégration,
- une interopérabilité accrue par l'écosystème des outils de data science,
- la puissante et ouverte API REST ArcGIS,
- les mécanismes de Webhooks et d'événements pour l'aautomatisation.
Depuis plusieurs version d'ArcGIS, votre SIG peut par exemples s’intégrer plus directement avec Snowflake, BigQuery, Azure Data Lake, Databricks. La disponiblité d'ArcGIS dans l"ecosystème Microsoft Fabric est une autre illustration de cette approche DataOps et elle se renforcera en 2026 avec de nouvelles capacités et de nouvelles applications dans cet environnement.
En 2026, le SIG n'est donc plus un silo, il est désormais une brique d’un système d’information global, interconnectée aux autres flux de données de l’organisation.
Vers un SIG composable
Le terme "composable" est de plus en plus utilisé dans les architectures IT (composable enterprise, composable data platform). Appliqué au SIG, il s’agit d’une évolution profonde de l’architecture et des usages. Un SIG composable est un SIG conçu comme un assemblage de briques indépendantes, interopérables et orchestrables, plutôt qu’un système monolithique. Ces architectures modulaires permettent de déployer des services indépendants, des micro-services géospatiaux quand nécessaire et supportent plus facilement les déploiements hybrides (Cloud / On-premise / Souverain).
Ces nouvelles architectures composables permettent aussi de répondre :
- une meilleure scalabilité,
- une adaptation fine aux contraintes réglementaires,
- et une intégration plus fluide avec d'autres briques open-source.
5. Explosion des flux temps réel et de l’Edge GIS
Le terrain source de données continue
L'acquisition de données dynmaiquement depuis le terrain, en cycle court voir en temps-réel, devient incontournable dans nombre de SIG. Il ne s'agit plus uniquement d'applications de collecte embarquée mais aussi de capteurs IoT, de drones, de véhicules, de stations connectées, .... Et le volume de données géospatiales temps réel explose. Le défi n’est plus seulement de collecter, mais de filtrer, d'analyser et de réagir en quasi temps réel.
Traitements distribués et intelligence embarquée
Historiquement, l’intelligence du SIG est centralisée :
- les données sont collectées sur le terrain,
- transmises vers un serveur ou le cloud,
- traitées a posteriori,
- puis analysées et visualisées.
Ce modèle reste pertinent, mais il montre ses limites lorsque les volumes de données explosent, la latence devient critique ou que la connectivité n’est pas garantie.
En 2026, le basculement progressif vers un SIG plus distribué va s'affirmer, avec une partie de la capacité d’analyse et de décision qui se déplace au plus près de la source de données, c’est-à-dire à l’edge.
Dans le domaine géospatial, l’edge désigne tous les points où la donnée est produite ou consommée localement :
- Capteurs IoT géolocalisés,
- Stations de mesure environnementales,
- Drones et systèmes embarqués,
- Véhicules connectés,
- Terminaux mobiles (tablettes terrain, smartphones robustes),
- Passerelles locales (edge gateways).
Ces dispositifs disposent désormais de :
- Capacités de calcul suffisantes,
- Stockage local,
- Parfois même de GPU ou d’accélérateurs IA.
En 2026, une partie de l’intelligence SIG se déplace vers l’edge, c'est à dire le pré-traitement local, la détection d’événement et déclenchement automatique d’actions depuis l'appareil de collecte.
Le SIG devient ainsi réactif, capable de soutenir des cas d’usage critiques comme la gestion de crise, la supervision d’infrastructures, ou encore la sécurité et la mobilité.
Du coté d'ArcGIS, cela se traduit pas de plus en plus d'intelligence locale dans des applications comme ArcGIS Survey123, ArcGIS Field Maps ou ArcGIS QuickCapture. L'arrivée en 2026 d'ArcGIS Velocity dans ArcGIS Enterprise ouvre également de nouvelle perspective e termes de collecte et de traitement de la donnée en temps-réel.
6. Confiance, traçabilité et sobriété numérique
Confiance et traçabilité de votre travail
Plus que jamais, le SIG est un composant stratégique du SI de l'organisation pour la prise de décision parfois critique. Pouvoir suivre et garantir la qualité des données et des traitements de la donnée géospatiale est impératif. Les processus d'acquisition de données et les processus d'analyse doivent être explicables et traçables.
Avec la montée en puissance de l’IA, la question de la confiance devient centrale :
- Origine des données,
- Transformations appliquées,
- Modèles utilisés,
- Niveau d’incertitude.
Les plateformes SIG évoluent vers :
- Une meilleure traçabilité des traitements,
- Des métadonnées enrichies,
- Des indicateurs de qualité et de fiabilité.
Dans ArcGIS, cela se traduit par de nombreuses améliorations autour des outils de GeoAI pour fournir des métriques sur les résultats de certains modèles de Deep Learning, une documentation toujours plus détailler pour les modèles pré-entrainés, ou encore l'ajout systématique des fiches de transparence pour chaque assistant IA.
Sobriété et éco-responsabilité
Même si on ne parle ne parle pas souvent d’écoconception lorsqu'on évoque les solutions des applications ArcGIS, mais de plus en plus de choix produits vont clairement dans ce sens, par optimisation des flux, des calculs et des architectures. Par exemple :
- Le support natif de format de données plus compressés comme GeoParquet, LAZ (Lidar), ...
- L'optimisation des flux des services d'entités hébergés (filtrage, généralisation coté serveur, pagination des données, ...)
- L'utilisation des couches de tuiles vectorielles (2D)
- L'utilisation des couches de scènes I3S (3D)
- ArcGIS Monitor pour suivre les consommations, supprimer les services inutiles et optimiser le dimensionnement de son infrastructure
- La sobriété induite par un SIG composable
En parallèle, cette sobriété numérique s’impose comme un enjeu structurant :
- Optimisation des volumes de données,
- Choix des résolutions adaptées dans la constitution de son SIG,
- Calculs “au juste nécessaire”,
- Optimisation constante des composants et des workflows DevOps sur les infrastructures SaaS.
Du coté d'ArcGIS, de monbreuses évolutions vont émailler l'année 2026 sur ce sujet notamment l'ajout de nouvelles capacités d'accès à des métriques d'usage des différentes applications (notamment sur ArcGIS Online et ArcGIS Enterprise), l'arrivée de nouveaux outils de généralisation sur les photomaillages 3D, l'optimisation de certains modèles d'IA générative alimentant les assistants IA, la fourniture par Esri d'indicateur d'emission de CO2 pour la plateforme ArcGIS Online, ...
Conclusion : vers un SIG cognitif et opérationnel
À l’horizon 2026, le SIG change petit à petit de nature :
- Il comprend les intentions,
- Il anticipe les évolutions,
- Il simule les futurs possibles,
- Il accompagne la décision de manière fiable et continus.
ArcGIS s’inscrit pleinement dans cette trajectoire, en faisant converger :
- IA,
- 3D,
- Cloud,
- Temps réel,
- Expertise métier.
Le défi pour les organisations n’est plus uniquement technologique, mais de plus en plus stratégique : comment intégrer ces capacités et comment les orchestrer dans une architecture optimisée (importance du Well Architectured Framework) pour transformer durablement les usages et la prise de décision ?
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